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Le C.R.B.P.O.
Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux

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Gobemouche noir ibérique Ficedula hypoleuca iberiae
Article mis en ligne le 27 juin 2008
dernière modification le 1er juillet 2008
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Les collections du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (MNHN), pour les oiseaux provenant de France, peuvent se décomposer en trois grands ensembles : les peaux (oiseaux dont la peau est conservée, remplie de coton par exemple, avec pattes, bec et os des ailes), les spécimens montés (sur socle, en position ‘de vie’), et les collections particulières comme celle donnée par Marmottan et conservées séparément (voir Jiguet et la CAF 2007). Si les peaux sont très régulièrement consultées à des fins notamment d’aide à l’identification, les spécimens montés sont moins facilement accessibles et plus rarement consultés. Un examen de tels spécimens montés, conservés dans la zoothèque du Muséum, en compagnie de Jean-Marc Pons, a permis de détecter la présence d’un Gobemouche noir présentant une quantité de blanc importante sur le front, et une absence de blanc sur les rectrices externes. Cet oiseau est un mâle de premier été, capturé en France avant 1863. Il est référencé dans le Catalogue des Oiseaux n°3 du MNHN (spécimens montés) sous le numéro 9303 (n° 65 du catalogue des Muscicapidae). DESCRIPTION DU SPECIMEN Il s’agit clairement d’un gobemouche mâle en plumage de reproduction. Les rémiges nettement plus brunes que les plumes noires du plumage sont des plumes juvéniles usées, l’oiseau est donc un individu de premier été. Les rectrices sont entièrement noires, jusqu’à leur base, donc sans blanc sur le vexille externe des rectrices les plus externes. Le front montre une large tache blanche ovale, ni coupée ni plus étroite en son centre, d’une hauteur importante. Les rémiges primaires internes ont une base blanche, mais pas les externes (P1 à P3 – les rémiges les plus externes - sans blanc, P4 avec un peu de blanc sur le vexille externe, P5-10 avec du blanc à la base). Les rémiges secondaires ont aussi une base blanche, mais ce blanc ne dépasse les couvertures alaires que sur les primaires à partir de P5. Les couvertures alaires sont très usées, il n’est pas possible de déterminer leur pattern exact. Pour les données biométriques, la longueur d’aile est de 81mm pour les deux ailes, la tache blanche du front est haute de 5mm en son centre (mesure répétée 5 fois : 4.9-5.1mm), la rémige P2 tombe entre P5 et P6 (plus proche de P5, distance 1/3 de P5 et 2/3 de P6), et le blanc à la base de la P6 (primaire avec la tache est la plus longue) est 2.9mm plus long que la couverture primaire la plus longue. IDENTIFICATION L’association des critères absence de blanc sur la queue, tache frontale haute (> 4.5mm) et non rétrécie en son centre, et tache blanche à la base de P6 large (dépassant la plus longue couverture praimaire de plus de 1.5mm) ne peut pas correspondre à hypoleuca, mais correspond bien à iberiae, d’après Svensson (pers. com.). Le seul point délicat par rapport aux données publiées par Svensson (1992) est la longueur d’aile. Pourtant, Laurent Demongin, qui a effectué un énorme travail de synthèse bibliographique, muséologique et de terrain pour préparer un livre sur l’identification des oiseaux en main, donne une longueur d’aile de 75 à 83mm pour les mâles iberiae, ce qui place le spécimen du MNHN dans la fourchette de ce taxon. De même les autres mesures biométriques confirment l’identité de cet oiseau comme iberiae : Laurent Demongin donne, pour la longueur de blanc à la base des primaires par rapport à la plus longue couverture primaire : ≤ de 1mm ou ≥ de 1.5mm maximum pour hypoleuca, ≥ de 2 à 5.5mm pour iberiae, ≥ de 4 à 9mm pour speculigera. La valeur de 2.9mm trouvée sur le spécimen du MNHN correspond donc bien à iberiae. La forme (non découpée) et l’étendue de la tache frontale blanche ne peuvent correspondre à hypoleuca, alors que les mâles de Gobemouche de l’Atlas (Ficedula speculigera) montrent une tache blanche frontale plus haute (4 à 11mm), souvent du blanc sur les rectrices externes, et en règle générale plus de blanc à la base des rémiges primaires (van den Berg & The Sound Approach 2006). L’identification de ce spécimen comme Gobemouche noir ibérique a été validée par le Comité d’Homologation National. ORIGINE DU SPECIMEN Les mentions sur l’origine de cet oiseau sont celles trouvées sur le socle du spécimen et sur le registre des collections. Il n’y a pas d’année de collecte, et le lieu d’origine est mentionné comme « France », sans plus de précision. La validation de cette donnée a donc nécessité un examen plus minutieux de ce type de spécimens au MNHN, afin de déterminer si ce manque de précision pouvait mettre en doute l’authenticité de la donnée. L’oiseau dont il est question a été donné au MNHN par Florent Prévost, qui a été préparateur au MNHN à partir de 1832, et a donné des spécimens de sa collection privée au MNHN de 1819 à 1863. Des recherches ont été menées dans différents catalogues des collections pour trouver des renseignements sur F. Prévost et les spécimens qu’il a donnés au MNHN (catalogue des spécimens montés n°3 ; catalogue des dons au MNHN - période 1817-1863, le seul catalogue de ce type existant). Florent Prévost a donné des spécimens au MNHN en 1819, 1820, 1825, 1833, 1838, 1843, 1848, 1851, 1852, 1857 et 1863. Ces dons concernent des oiseaux et quelques mammifères (1 souris, 2 hermines, 1 lièvre, 1 hérisson, tous de France). A chaque fois, la provenance est bien signalée, et l’on peut noter trois types de localité pour les espèces européennes : « env. de Paris », « France » et « Europe ». S’y ajoutent une vingtaine de spécimens du Bengale, des Etats-Unis et du Mexique, donnés en 1838, et une Bergeronnette du Cap (Afrique du Sud) donnée en 1851, mais apparemment échangée préalablement au MNHN contre une Bergeronnette de Yarrell d’ « Europe ». Presque tous les spécimens européens donnés sont de France. 3 sont d’ « Europe » : un Cincle plongeur, une Niverolle alpine, un Courlis à bec grêle ; un est sans indication d’origine : un Moineau cisalpin. Pour tous ceux signalés de « France », on trouve notamment les espèces suivantes dans les registres : Combattant varié, Bécassine sourde, Pigeon ramier, Martinet noir, Martin-pêcheur, Pipit rousseline, Bergeronnette printanière, Alouette lulu, Alouette des champs, Rougegorge, Traquet motteux, Tarier des prés, Rougequeue, Roitelet triple-bandeau, Troglogyte, Grive draine, Pouillot véloce, Fauvette orphée, Pie-grièche écorcheur, Grimpereau, Mésanges bleue et charbonnière, Loriot, Linotte mélodieuse, Linotte à bec jaune, Verdier, Chardonneret, Bouvreuil, Serin cini, Bruants des roseaux, zizi, jaune, proyer et des neiges, Pinsons des arbres et du Nord, Grosbec, Moineaux domestique et friquet, et pour finir sur ce qui nous intéresse : Gobemouche noir et Gobemouche à collier. On retrouve la trace de trois dons de gobemouches dans le catalogue des dons : en 1825 (don de gobemouches de Lorraine), en 1848 (don d’1 Muscicapa albicollis de France), l’autre en 1863 (1 Muscicapa de France). Aucun gobemouche provenant d’autre part que de France n’est signalé dans les registres, de même qu’aucun oiseau en provenance d’Espagne ou d’Afrique (autre que la Bergeronnette du Cap, provenant du « Cap de Bonne Espérance »). Tous les oiseaux de France sont signalés comme provenant de « France », sauf une Bergeronnette printanière, un Chardonneret et un Moineau friquet qui viennent des « env. de Paris ». Donc les gobemouches donnés par Prévost au MNHN sont bien tous de France, et collectés avant 1863. Au total, ces dons concernent 4 Gobemouches noir et 2 G. à collier. Le Gobemouche noir ibérique est peut-être celui donné en 1863 (si l’on imagine qu’il ne provient pas de Lorraine), mais il n’y a aucune certitude. Pour l’ensemble des spécimens donnés par Florent Prévost au MNHN, il y a une cohérence totale entre les informations présentes dans les deux registres consultés, pour ce qui concerne les espèces et leurs lieux d’origine, ce qui fait qu’il n’y a pas lieu de douter des références portées sur le socle du spécimen de gobemouche et sur les registres. A cette époque (19e sicèle), la quasi-totalité des spécimens donnés et montés étaient reportés au niveau du pays, sans localité précise, et les quelques mentions « env. de Paris » pour trois des oiseaux donnés par Prévost sont très originales à cet égard. Tout ceci permet de conclure que la mention « France » correspond à la norme de l’époque pour signaler une provenance, pas à une appréciation vague due à une origine imprécise. En conclusion, tous les éléments réunis ont été considérés par la CAF et ont permis de confirmer l’origine française de ce spécimen, permettant donc l’inscription du taxon Ficedula hypoleuca iberiae en catégorie B (donnée antérieure à 1950) sur la Liste des Oiseaux de France. REMERCIEMENTS Nous tenons à remercier Jacques Cuisin et Eric Pasquet pour l’accès aux collections du MNHN, et tout particulièrement Lars Svensson et Laurent Demongin pour leurs commentaires sur ce spécimen et l’accès à des informations inédites sur les gobemouches. BIBLIOGRAPHIE Jiguet F. et la CAF (2007). En direct de la CAF. Première mention pour la France de la Macreuse à ailes blanches sibérienne. Ornithos 14(1) : 38-42. Svensson, L. (1992). Identification guide to European passerines. 4th ed., Stockholm. van den Berg A.B. & The Sound Approach (2006). Phenology and identification of Atlas and Iberian Pied Flycatchers. Dutch Birding 28(1) : 1-6.




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